Interview extraite du Républicain Lorrain (édition du mercredi 14 décembre 2005).
Ahn : « Je me sens responsable »
Conscient de ne pas avoir répondu à l’attente suscitée par son arrivée à Metz, Ahn Jung-Hwan revient sur ses cinq premiers mois en France et affirme qu’il n’a "pas du tout envie" d’écourter l’expérience. Le Sud-Coréen évoque aussi, bien sûr, la Coupe du monde.
Le Républicain Lorrain : Le tirage au sort de la Coupe du monde vendredi, un but samedi contre Sochaux. Ahn, racontez-nous vos émotions du week-end passé...
- Ahn Jung-Hwan : Avant le tirage, nous évoquions entre nous et notamment avec les Togolais de l’équipe les possibilités pour la Corée et le Togo de tomber dans le groupe de la France. C’est vraiment étonnant. Quant au match, je suis surtout déçu de ne pas l’avoir gagné, même si j’ai marqué.
- Il s’agissait, à Sochaux, de votre première titularisation depuis le déplacement à Rennes, fin octobre. Comment avez-vous vécu ce retour en grâce ?
- Sans émotions particulières à l’idée de rejouer. J’étais revenu en mauvaise condition de mon dernier séjour en sélection, en Corée, au mois de novembre, et il était normal de ne pas retrouver immédiatement ma place.
- Racontez-nous ce but du talon, plutôt original. Vous semblez marquer à l’inspiration...
- Lorsque Ludovic Obraniak s’apprête à centrer, je file devant le but. Mon geste ? En réalité, je n’ai pas d’autre choix. Mais quand je touche le ballon, je sais qu’il va aller au fond. Personnellement, ce but me fait plaisir car il y a longtemps que je n’avais plus marqué. Mais je suis surtout content du point qu’il rapporte à l’équipe."
- Il devait vous tarder de retrouver de telles sensations, et le chemin des filets...
- Goûter de nouveau à la joie de marquer, c’est effectivement merveilleux, mais encore insuffisant. Ensuite, c’est vrai qu’il y a longtemps que je n’avais plus joué un match entier, mais je peux et je dois faire mieux. A Sochaux, j’ai encore manqué trop de passes, gaspillé trop d’actions de jeu. Contre Nice, je vais poursuivre mes efforts et m’appliquer davantage.
- Nous arrivons à mi-saison, et votre bilan personnel est loin de correspondre à ce que chacun attendait. Qu’en pensez-vous ?
- Quand vous êtes attaquant et que vous n’avez marqué que deux buts, c’est forcément insuffisant. J’en suis le premier désolé pour l’équipe, c’est vraiment très difficile à vivre. Mais je veux maintenant montrer mes véritables capacités.
- Le problème essentiel semble concerner votre adaptation. Quelles difficultés avez-vous rencontré ?
- J’ai surtout souffert de partir régulièrement en sélection, quasiment tous les mois. A chaque fois, je manquais une dizaine de jours d’entraînement. Sans ces aller et retour avec la Corée, tout aurait été plus simple, plus facile pour moi. Physiquement, je revenais marqué et, tactiquement, je n’avais pas pu travailler avec mes coéquipiers messins. Mais c’est comme ça : la sélection nationale, ça ne se refuse pas. Maintenant, je comprends le choix de l’entraîneur de ne pas m’avoir fait jouer lorsque je rentrais à Metz. En mon absence, d’autres avaient travaillé.
- La barrière de la langue, les différences de culture et de mentalité, tout cela ne vous a pas handicapé ?
- Non. Bien sûr, le français est une langue difficile, mais c’est vrai pour tous les étrangers, d’où qu’ils viennent et où qu’ils se trouvent. Quand il le faut, on peut toujours se comprendre en anglais. Quant aux différences culturelles, vous savez, j’ai pris l’habitude de vivre à l’étranger : je suis parti en Italie en 2000, je viens de passer trois ans au Japon. Je me sens très bien ici, mon épouse et ma fille de dix-huit mois sont avec moi, j’aime le calme et la tranquillité de Metz et du village dans lequel j’habite. Vraiment.
- Comment vous sentez-vous au milieu de vos coéquipiers ?
- Très bien. On plaisante, on joue... C’est beaucoup mieux qu’au début, les progrès sont les mêmes que sur le terrain, où nous montrons de nombreuses améliorations. Nous devenons une vraie équipe. La stabilité a tardé à venir mais, désormais, les choses vont aller de mieux en mieux. Nous ne lâcherons pas.
- Vous aviez réussi des débuts prometteurs, en marquant à chacune de vos entrées en jeu, contre Lokeren en amical puis à Paris en championnat...
- J’avais de bonnes sensations et je les retrouve aujourd’hui. Je n’ai jamais pensé que tout serait facile, mais je n’imaginais pas non plus que l’on se retrouverait à la dernière place.
- Vous est-il arrivé de regretter d’être venu ?
- Jamais. Cette équipe, je l’ai choisie. La situation est difficile, mais je me sens responsable car je suis venu pour être efficace, et je ne l’ai pas été. En plus, j’ai apprécié le soutien des supporters et votre patience également, dans les journaux, alors que je n’ai pas montré grand-chose. Il me reste un match et une moitié de championnat pour élever mon niveau, et tirer celui de l’équipe vers le haut...
- Vous n’avez donc jamais envisagé d’écourter l’expérience ?
- Non, je n’ai jamais eu en tête de quitter Metz en cours de route. J’ai entendu des rumeurs de départ, j’ai même entendu parler des intentions du club dans ce domaine. Mais il vaut mieux poser la question aux dirigeants.
- Estimez-vous votre présence ici compatible avec une place de titulaire à la Coupe du monde ?
- Je crois surtout que le plus important est de retrouver mon efficacité et de la placer au service du FC Metz. La Coupe du monde, elle vient après le championnat.






