Ex-défenseur international suisse, Andy Egli est aujourd’hui entraîneur. Après avoir remporté de nombreux trophées dans son pays, l’ancienne figure emblématique de Grasshopper a supervisé plusieurs équipes suisses et allemandes avant que son chemin ne le mène en Corée du Sud. A présent entraîneur de Busan I’Park, Egli, qui succède à un autre coach étranger, l’Ecossais Ian Porterfield, enchaîne les succès avec le club de la côte sud depuis la reprise du championnat. John Duerden s’est entretenu avec "Winkelried" pour nos confrères de Goal.com.
- John Duerden : Comment vous-êtes vous retrouvé à Busan ?
- Andy Egli : Il y a environ huit mois, j’ai demandé à un ami qui travaille à la FIFA de me signaler s’il y avait un poste de sélectionneur national ou d’entraîneur de club disponible en Asie ou en Afrique. Comme il a beaucoup de contacts, il m’a proposé plusieurs emplois, et un jour, il m’a dit que la Corée du Sud recherchait un entraîneur pour sa sélection Espoirs.
J’ai toujours aimé l’Asie, j’y ai passé des vacances et beaucoup voyagé. J’aime comment sont les gens, ce qu’ils mangent, la qualité de la vie en Asie. J’ai répondu que j’étais intéressé, et il a fait la commission à la fédération sud-coréenne. Puis il m’a dit que Busan I’Park cherchait également un entraîneur. Quitte à choisir, je préfèrais un club professionnel plutôt qu’une sélection Espoirs.
J’ai rencontré le président de Busan I’Park pendant la Coupe du Monde, à Leipzig. Nous avons discuté pendant près de deux heures. J’ai été ensuite invité à passer une semaine à Busan pour découvrir le club et la ville.
- Lorsque vous avez rencontré des Busanais, que vous ont-ils raconté à propos du club ? Comment vous l’ont-ils présenté ?
- Avant de rencontrer les officiels à Leipzig, on m’avait fait parvenir des cassettes vidéos de matches de K-League. On m’a aussi envoyé des documents sur l’histoire du club et sa philosophie. Ils m’ont dit qu’ils recherchaient plus quelque chose sur le long-terme que remporter la seconde partie du championnat cette saison. Le club souhaite se construire et former de jeunes joueurs dans l’optique de les préparer à jouer pour l’équipe nationale.
Il y avait quelque chose qui correspondait à ma propre philosophie. je trouve que construire quelque chose depuis le début est très satisfaisant.
- Lorsque vous avez pris vos fonctions, quels objectifs vous ont été fixés ?
- On m’a parlé des différentes compétitions en Corée du Sud. Il y a le championnat de K-League, qui compte 26 matches, une coupe et la Ligue des Champions. Dans son histoire, Busan a remporté plusieurs fois le titre et je pense que, après Seongnam, c’est le club qui a gagné le plus de trophées. Bien sûr, ils m’ont en parlé, mais c’est une priorité secondaire selon moi. Busan veut redevenir champion, mais après une période difficile, personne n’ambitionne de remporter le titre dans l’immédiat.
Ils m’ont dit que notre objectif était de remporter plus de matchs que nous n’en perdons.
- Précédemment, vous parliez du cas des jeunes joueurs. Votre prédécesseur, Ian Porterfield, se plaignait de devoir céder des joueurs plus expérimentés et de faire jouer des jeunes afin que le club fasse des économies. Pensez-vous que c’est un problème ?
- J’ai l’habitude de travailler pour des clubs qui ne sont pas en mesure de se permettre des folies financières. C’est une question importante, mais dans ce championnat, Busan est l’un des clubs qui n’a pas besoin de dépenser des sommes astronomiques. J’espère que l’argent ne fera pas obstacle au développement du club, ni à la construction de l’équipe.
- Les dirigeants du club vous ont-ils parlé d’argent ? Y a-t-il des fonds pour acheter de nouveaux joueurs ?
- Les clubs coréens changent assez souvent d’effectifs. Je m’en suis rendu compte lorsque j’ai reçu les documents sur la K-League : il y a beaucoup de mouvements entre les clubs pendant la période de transferts. Je ne veux pas poursuivre cette politique. Je pense que pour la régularité, ainsi que pour créer une identification auprès des supporters, constamment changer d’équipe n’est pas très sage. J’espère que nous pourrons disposer de fonds pour nous attacher les services de joueurs de qualité.
- Avez-vous déjà réfléchi à faire venir des joueurs suisses ou d’autres parties de l’Europe ?
- La Suisse n’est pas vraiment un marché pour la Corée du Sud. Des joueurs de qualité qui seraient assez bon pour jouer en K-League plient bagage pour des championnats plus importants, comme les championnats italien, allemand, espagnol, français ou anglais. La Corée du Sud propose de bons salaires, mais pas aussi importants que ceux offerts par ces championnats. D’autre part, les joueurs qui souhaiteraient venir ne sont pas assez bons.
- Lorsque vous êtes arrivé à Busan pour votre premier jour d’entraînement, quelles impressions avez-vous eu des joueurs sud-coréens ?
- Ils ont une bonne attitude, sont très respectueux et travaillent très, très dur. Mais il y a un côté plus délicat. Malgré toutes ces qualités, cette bonne attitude et de bons gabarits, les joueurs coréens courent presque trop vite ! Ils font tout dans la précipitation. Les Coréens en général, et notre équipe en particulier, peuvent encore beaucoup apprendre. Ils manquent de conscience tactique, comparé aux clubs européens.
- Busan est une grande agglomération de presque 4 millions d’habitants. Malgré cela, l’affluence dans les stades lors des matches de championnat est plutôt faible. Cela vous a-t-il surpris ?
- J’ai été très surpris de la différence de passion que les supporters montrent selon que ce soit l’équipe nationale ou les équipes de K-League qui jouent. Les bases du football coréen resteront toujours les clubs. C’est plutôt étrange que les gens ne le comprennent pas. Sans les clubs, il n’y aurait pas d’équipe nationale. L’histoire du football professionnel en Corée du Sud n’est peut-être pas assez riche pour les gens le réalise. Il faut qu’ils commencent à parler du football, à comprendre le football, qu’ils le regarde et le lise dans les médias.
Il faudrait que nous trouvions un équilibre entre les victoires et le divertissement. Ce n’est pas facile, mais sans de bons résultats, les gens ne trouveront aucun plaisir à regarder un match. Même en Europe, il est souvent assez difficile d’atteindre cet équilibre. Nous allons montrer à nos supporters un jeu audacieux, nous allons essayer de toujours aller de l’avant et de faire circuler le ballon. Ce sera un processus graduel. Mais nous avons besoin de supporters, de gens pour nous soutenir.
- Que pensez-vous de la K-League jusqu’à maintenant ?
- Comme je l’ai dit, le jeu est rapide, les joueurs sont bien entraînés, courent beaucoup sur le terrain. Ils ont une bonne attitude et des qualités certaines. Cependant, il y a des aspects tactiques sur lesquels ils doivent faire de réels progrès.
Le tempo des matches est souvent trop rapide. Il n’y a pas assez de périodes où les joueurs baissent le rythme de la rencontre. Parfois, il faut ralentir le jeu, et lorsque votre adversaire s’est endormi, vous devez immédiatement réagir et le surprendre avec une attaque rapide.
- Si vous deviez comparer le football coréen à celui d’un pays européen, quel serait le plus proche ?
- Il n’y a pas de comparaison possible. Je connais bien le football suisse, mais je ne peux pas le comparer au football coréen. Si, avec Busan I’Park, nous rencontrions mon équipe précédente en Suisse (FC Aarau), je dirais que sur dix matches, Busan en gagnerait 6, ou 5. Les aspects tactiques des équipes suisses sont tellement importants qu’ils se compensent avec la supériorité physique des équipes coréennes.
- Jusqu’à présent, cette saison, vous avez fait du bon travail avec Busan I’Park. Busan peut-il remporter le championnat ou y a-t-il, selon vous, une équipe qui sort du lot ?
- L’une des qualités de ce championnat, c’est que les équipes sont très similaires. Les dirigeants de Busan m’avait déjà dit, lors de notre premier entretien, que les équipes sud-coréennes étaient très proches les unes des autres. L’équipe qui sort vainqueur de la première partie du championnat peut très bien terminer dernière de la seconde partie, et vice versa. La dernière équipe de la première partie de K-League, Jeju United, a déjà remporté 7 points et n’est plus qu’à 4 points du leader. Et qui sait ? Ils peuvent peut-être même faire mieux à l’avenir.
Le contraire est aussi vrai. Seongnam a entamé la seconde partie du championnat avec deux très belles victoires (4-0 contre Daejeon Citizen, et 2-0 à Daegu), mais ils ont perdu les trois derniers matches sans marquer le moindre but. Cela nous donne une motivation supplémentaire et l’assurance que, si nous continuons de bien jouer, tout peut arriver. Notre objectif est de gagner plus de matches que nous n’en perdons. C’est ce que nous faisons, et nous ne sommes plus très loin de la première place au classement. Nous devons poursuivre de la sorte. Nous avons un rêve, bien sûr, mais nous n’en parlons pas.
- Retour sur la Coupe du Monde. Que pensez-vous du match entre la Suisse et la Corée du Sud, en particulier du second but suisse ?
- Ce fut le meilleur match du groupe pour les deux équipes. Je dirais que la Corée du Sud ne méritait pas de perdre. Les Coréens ont eu beaucoup d’occasions et ils auraient mérité d’égaliser.
Le second but fut décisif. Je peux comprendre la décision de l’arbitre central, et celle du juge de touche. Ce dernier ne pouvait ni voir la passe, ni la déviation du joueur sud-coréen (Lee Ho) qui s’est transformée en passe pour Alexander Frei. Il a alors levé son drapeau. L’arbitre central était très bien placé et il a corrigé son collègue. Ce n’était pas une mauvaise décision, mais je comprends ce que peuvent ressentir les supporters coréens, la sensation d’avoir été volés. Il y a beaucoup d’émotions dans ce genre de rencontres.
- Est-ce que les gens en ont beaucoup parlé depuis que vous êtes arrivé ?
- Oui, surtout au début. Je dois prendre garde à ce que je dis (rires).






