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Coupe d’Asie AFC 2007 : l’heure du bilan (1/2)

Par Edouard Dupas | mardi 31 juillet 2007 | 19h10

Avec la finale de dimanche et le triomphe de l’Irak (1-0), s’est clôturée une édition 2007 de la Coupe d’Asie AFC particulièrement riche d’enseignements sur le devenir du football asiatique.

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© afcasiancup.com

Le bilan général que l’on pourra dresser de cette coupe de la confédération asiatique de football 2007 est pour le moins contrasté.

De prime abord, et d’un strict point de vue technico-administratif, les objectifs auront été remplis. Les quatre pays organisateurs (Malaisie, Thaïlande, Vietnam et Indonésie), forts de leur collaboration économique à l’ASEAN, ont tenu l’ambitieux pari d’organiser le tournoi dans de bonnes conditions, sans heurts ni incidents techniques majeurs (exception faite d’une panne de courant à la fin du match Arabie Saoudite-Corée à Jakarta). Les stades élus ont été rénovés en temps et en heure, y compris le colossal mais vétuste Bung Karno Stadium de Jakarta, ainsi que les infrastructures thaïlandaises qui avaient suscité les remontrances du comité exécutif de l’AFC en juin 2005 et octobre 2006. Autre fait louable, il n’y aura pas eu la moindre trace de « dommages collatéraux » ou de hooliganisme ni à l’intérieur, ni à l’extérieur des stades. Un risque non négligeable au regard du nationalisme parfois exacerbé des foules et des troubles sociaux toujours latents dans la région. Par ailleurs, on notera avec plaisir que le contexte politique intérieur très tendu en Thaïlande n’aura pas non plus perturbé le déroulement des matchs à Bangkok, vécus dans une « parenthèse festive et bon enfant ».

Sur un plan économique, la Coupe d’Asie, outre les ordinaires merchandising et sponsoring liés à la Confédération Asiatique de Football (AFC), aura généré des effets bénéfiques, en partie grâce au tourisme induit par l’arrivée massive de supporters venus de tout le continent asiatique. De plus, la compétition, en témoignant de la capacité d’accueil et d’organisation des pays hôtes, aura véhiculé une image positive de l’Asie du Sud-Est auprès des investisseurs étrangers, ce qui constituait l’enjeu extra sportif le plus important. Ainsi, pour un pays comme l’Indonésie, en proie au désordre social et à des catastrophes naturelles aussi récurrentes que meurtrières (le Tsunami en janvier 2005, les coulées de boue en 2006), il était important de pouvoir démontrer que l’Etat était parfaitement à même d’assumer la prise en charge d’un événement international de grande ampleur en en maîtrisant les aspects logistiques, financiers et sécuritaires.

Cependant, l’ambition de la confédération asiatique, au-delà du simple aspect business/marketing - magistralement incarné, soit dit en passant, par l’insipide hymne officiel pop de la compétition, "I believe", sorte de bluette eurodance ânonnée par la starlette thaïlandaise Tata Young - était tout de même de susciter un engouement durable pour le football en Asie du Sud-Est, et de donner un coup de fouet à ses fédérations pour accélérer leur développement et la professionnalisation du football.

Et là, force est de constater que le résultat est plus que mitigé. Car non seulement les affluences aux matchs se sont avérées bien plus faibles qu’escomptées (moins bonnes qu’en 2004), atteignant même des sommets de ridicule pour les matchs Oman-Irak et Arabie Saoudite-Bahreïn avec 500 malheureux spectateurs ( !), mais en plus les sélections hôtes, toutes mises en déroute, n’auront pas su fédérer les supporters pour créer un quelconque élan populaire ! L’AFC avait calculé que les équipes nationales attiseraient la passion des amateurs de sports vietnamiens, indonésiens, malais et thaïlandais, et qu’un effet boule de neige conduirait à l’essor du football dans la région. Soit. Mais avait-elle bien songé à ce qui se passerait en cas d’insuccès flagrant des locaux ? Avait-elle bien relevé que les sélections nationales de pays très lointains (on songe ici au Qatar, à l’Oman ou à l’Irak), en plus de n’être dotés que de contingents de supporters extrêmement réduits, voire inexistants, n’exerçaient aucun attrait sur les habitants ? N’avait elle pas tout simplement confondu goût réel pour le football en général et fierté patriotique ?

Ce qu’on aura observé au cours de la phase de poule, en terme d’affluence, c’est une nette tendance au « chauvinisme » : les plus grandes affluences ont concerné les matchs des sélections des pays hôtes (Indonésie et Vietnam, surtout) ce qui était prévisible, tandis que les rencontres entre pays visiteurs ont quasiment toutes été littéralement « snobées » par les habitants, de Kuala Lumpur à Palembang. Bien que l’on puisse comprendre que des matchs entre sélections du golfe arabe passionnent moins les foules indonésiennes ou malaises, il y a tout de même là un signe évident d’un désintérêt prononcé pour le « sport roi » en tant que tel. Une fois les quatre équipes nationales éliminées, c’est en effet à une désertion généralisée des arènes que l’on aura pu assister. Voir un stade national d’Hanoi à moitié rempli pour un quart de finale Australie-Japon (pourtant tous deux mondialistes en 2006 !), et un Iran-Corée joué dans Un Bukit Jalil Stadium d’une capacité de 100 000 places assises parfaitement vide laisse pour le moins sceptique. Il est également dommage que la finale du tournoi n’ait réussi « qu’à attirer 60 000 spectateurs » dans l’une des plus vastes enceintes du monde, Le B. Karno de Jakarta.

A tout le moins, on aura bien compris que le football n’était pas encore une passion également partagée sur l’ensemble du continent asiatique, et qu’il demeurait des « niches » régionales encore relativement indifférentes au ballon rond. Est-ce un bien, est-ce un mal ?… à L’AFC de trancher.

En fin de compte, seul le Vietnam aura plus ou moins atteint ses objectifs sportifs et populaires, entretenant la flamme jusqu’aux quarts de finale…. Bien maigre consolation.

L’échec sportif de l’ensemble des sélections hôtes dans le tournoi, parfois cinglant, n’aura, on s’en doute, guère convaincu la population du sud-est asiatique que le football avait un quelconque avenir dans leur région. Et c’est là que la politique de la Confédération Asiatique a vu ses projets grandioses se heurter à une réalité sociale et sportive qui les a mis en échec dans les faits. Le président du comité exécutif de l’AFC, Mohammed Bin Hammann, lucide, a montré qu’il avait compris : « ce choix a été une erreur (…) Pour le comité exécutif, il a été difficile de gérer la Coupe d’Asie avec quatre comités d’organisations différents et quatre centres médias, ainsi que d’un point de vue financier. Si j’avais le choix, je ne le referais pas. »

Tout ceci nous laisse donc à penser qu’il eut probablement été plus sage et cohérent de confier l’organisation de la Coupe d’Asie à un seul pays, où le football constitue une réelle passion populaire. Pourquoi alors n’avoir pas tout simplement confié le tournoi à la seule Indonésie ? Ceci restera un mystère…

L’AFC ne devrait-elle pas concentrer les efforts de manière à renforcer les pays de football plutôt que tenter d’étendre sans limites la mainmise sur le continent et d’immiscer de forcer les pays : bref viser une intensification plutôt que l’extension à tout prix ? Ceci semblerait la meilleure stratégie à adopter si toutefois l’AFC souhaite réellement que les sélections asiatiques montent en puissance dans les compétitions de la FIFA. A moins que ne prime définitivement le business sur le sport, l’AFC se cantonnant à un rôle purement « commercial ».

Malheureusement, il semblerait que les dirigeants de l’AFC n’aient que partiellement retenu la leçon en désignant le Qatar comme pays hôte pour l’édition 2011. Car si, d’un coté, il est certain que l’organisation de la compétition y sera simplifiée et moins coûteuse, les affluences risquent fort de battre les records de cette édition 2007, tant il est notoire que les stades qataris sont toujours déserts… La décision est-elle liée au fait que le président de l’AFC est lui-même de nationalité qatarie ? Des enjeux pécuniaires trop importants se cachent-ils derrière cette décision saugrenue ? Car, à l’évidence, la décision la plus pertinente sportivement aurait bel et bien été de confier l’organisation de la coupe d’Asie à l’Australie, pays en plein essor footballistique, doté d’excellentes infrastructures, pour célébrer la venue de sa fédération au sein de la confédération. Ou au pire, de la confier à l’Iran, pays de football avéré, dont la sélection nationale pourrait remporter le titre. Il est à craindre qu’avec sa décision, l’AFC ne contribue à retarder encore l’éclosion du football asiatique…


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