Pim Verbeek est un amoureux de la Corée du Sud. Adjoint de Guus Hiddink et Dick Advocaat lors des deux campagnes mondialistes de 2002 et 2006 à la tête de la sélection nationale sud-coréenne, l’entraîneur néerlandais a été promu à l’issue de la dernière Coupe du Monde. Après avoir obtenu de bons résultats pour ses premiers matches en tant que patron des Guerriers Taeguk, Verbeek espère qualifier le Pays du matin calme pour la Coupe d’Asie des Nations 2007 et participer au développement du football coréen.
- John Duerden : Quand vous a-t-on proposé le poste de sélectionneur national de la Corée du Sud ?
- Pim Verbeek : Nous avons commencé à en parler sérieusement juste avant la Coupe du Monde, avant le match contre le Togo. C’est à ce moment que nous nous sommes réunis, parce que Dick Advocaat avait indiqué le 15 juin à la fédération (KFA) qu’il quitterait officiellement ses fonctions à l’issue du Mondial. Puis, trois ou quatre jours après la rencontre face à Togo, des officiels sont venus vers moi et m’ont dit "Il quitte la sélection et il souhaiterait que vous poursuiviez à sa place."
- Quelle fut votre réaction ?
- Pour être honnête, je comptais retourner en Europe. Je suis resté très longtemps loin de ma famille et j’avais décidé d’y revenir pour cinq ou six mois, et attendre de voir ce qu’il allait se passer.
Puis, il y a eu cette proposition et les miens savent à quel point j’aime la Corée et ce que je pense du football coréen. Ils ont compris que c’était une offre que je ne pouvais pas refuser. C’est probablement le seul poste que j’occuperai à l’étranger. C’est seulement parce que je connais bien le pays que j’ai accepté. Je pense que nous pouvons réussir de grandes choses.
- Quelles sont les principales différences entre être un assistant et le sélectionneur de la Corée du Sud ?
- Travailler avec Hiddink et Asvocaat n’est pas très difficile, parce qu’ils vous laissent la liberté d’organiser les sessions d’entraînement, de préparer les réunions de l’équipe, les analyses et ce genre de choses. Au final, ce sont eux qui prennent la décision. Vous pouvez avoir un tas d’idées, mais vous devez toujours en faire part à quelqu’un au-dessus qui prend la décision.
Ce qui est bien avec Hiddink et Advocaat, c’est que je n’ai jamais eu de problèmes concernant la formation ou les sélections. Vous donnez beaucoup de vous-mêmes, mais vous n’avez pas de responsabilités, c’est ça, la plus grande différence. Malgré tout, que nous gagnions ou que nous perdions, je me sentais toujours responsable.
- Quel est votre quotidien ? Quelle est votre place sociale en Corée du Sud ?
- Vous savez, je refuse toujours les interviews parce que je n’ai pas beaucoup de temps et aussi parce que je voulais obtenir des résultats dans un premier temps, mieux connaître les joueurs, que les gens me connaissent mieux avant de commencer à faire part de mes plans.
Aussi, ce n’est plus aussi simple de sortir dehors. On pourrait penser que c’est un problème mineur, mais pour être honnête, c’est pour moi un gros problème. J’aime sortir, être au contact de la culture coréenne et des Coréens, boire une simple tasse de café et visiter différents endroits. Maintenant, pour sortir, je dois porter un chapeau et des lunettes de soleil. Ca marche, mais je suis content d’avoir pu voir beaucoup de la Corée avant de devenir sélectionneur.
- C’est peut-être le prix à payer...
- Oui, je le savais. J’ai pu m’en rendre compte avec Hiddink et Advocaat. J’ai toujours pensé que c’était le côté le moins intéressant du travail. Je comprends que tout le monde souhaite une photo et un autographe, et j’essaie de m’y livrer autant que je le peux, mais ça me tient loin du côté social que j’apprécie.
- Les choses ont-elles beaucoup changé depuis que vous êtes devenu sélectionneur ?
- C’est très étrange. J’étais ici depuis seulement neuf mois que les gens me reconnaissaient dans la rue et me disaient bonjour. Mais depuis que je suis sélectionneur, c’est comme-ci j’avais marqué dix buts en Coupe du Monde ! (rires) C’est très étrange mais ça me permet de garder les pieds sur terre, parce que ça n’a rien à voir avec moi mais avec ma position. Depuis que je suis sélectionneur, je suis plus souvent à la télévision qu’auparavant. Ce n’est pas pour mes yeux bleus, mais parce que je suis sélectionneur national.
- Vous êtes actuellement populaire en Corée du Sud mais après quelques mauvais résultats, tout peut changer. Etes-vous préparé pour cela ?
- C’est le risque à prendre. Le staff technique et moi-même faisons tout notre possible pour rendre l’équipe et les joueurs meilleurs afin de gagner les matches. Du moment que j’ai le sentiment d’avoir fait tout mon possible, j’accepte tout, même les critiques. Ca ne me pose aucun problème. J’ai débuté ma carrière d’entraîneur en 1987 et, après 19 ans d’expérience, plus rien ne me surprend.
Je ne suis pas venu ici pour être le type le plus populaire de Corée, je suis ici pour construire une équipe nationale et obtenir des résultats avec celle-ci.
- La situation est différente des deux fois où vous avez travaillez avec la sélection sud-coréenne. Tout le monde avait les yeux rivés sur la Coupe du Monde, mais à présent il y a une vraie chance de recommencer à zéro.
- Oui, c’est très différent. Nous avons un premier plan sur le court terme et un second sur le long terme. J’ai essayé de coupler les deux mais tout dépend des résultats. Mes objectifs auraient été facilités si nous étions déjà qualifiés pour la Coupe d’Asie des Nations. J’aurais pu ainsi me concentrer sur les Jeux Asiatiques, la phase finale de la Coupe d’Asie et les Jeux Olympiques mais nous devons encore prendre un point pour nos deux derniers matches éliminatoires.
Ce n’est pas facile de s’imposer en Iran et tout le monde sait que dans le football, tout est possible. Les gens disent : "C’est seulement la Syrie à domicile" (le 11 octobre 2006 à Séoul) mais moi, je réponds que dans le football, tout est possible. Nous devons nous concentrer et aligner la meilleure équipe. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre des risques. J’entends par-ci par-là que "Verbeek ne prend pas assez de risques". Mais je ne suis pas ici pour prendre des risques. Je suis ici pour prendre les meilleurs joueurs ou prendre ceux qui ont un avenir et les faire entrer aux moments opportuns, comme je l’ai fait la semaine dernière (contre Taïwan) avec Choi Sung-kuk. Il a impressionné tout le monde à l’entraînement et joue très bien en club pour Ulsan.
- Qui sont ceux qui disent que vous ne prenez pas assez de risques ?
- Il y a toujours des gens, dans chaque travail, qui disent qu’ils savent toujours mieux que vous, qui vous dictent ce que vous devez faire et ne pas faire. Je me moque de ce qu’ils pensent. Je crois que c’est une des particularités du football. Chacun a son opinion, chacun en discute, critique les joueurs, les entraîneurs et les arbitres.
J’essaie de qualifier la Corée du Sud pour la Coupe d’Asie et de donner aux jeunes joueurs une chance de montrer ce qu’ils peuvent apporter et de s’entraîner avec les meilleurs joueurs que nous avons en Corée. Pour chaque jeune, s’entraîner et jouer aux côtés de joueurs tels que Seol Ki-hyeon, Lee Young-pyo ou Park Ji-sung, est quelque chose d’énorme, et pas seulement à l’entraînement, parce qu’ils entendent aussi de nombreuses choses sur la vie en Europe et comment y jouer.
- Quelle est la principale différence entre vous et Advocaat ?
- Advocaat était ici pour la Coupe du Monde. Il n’avait pas le temps de réfléchir au développement sur le long terme et aux joueurs, il voulait de bons résultats. C’était son job. Il a toutefois aidé de jeunes joueurs comme Lee Ho, Kim Dong-jin et Cho Won-hee. Il voulait toujours de bons résultats, même en matches amicaux, pas seulement pour la confiance mais parce qu’il savait qu’en Corée, les résultats sont très importants. Je pense que parfois, il est plus important de donner une chance aux jeunes joueurs dans les matches amicaux mais le travail d’Advocaat se limitait à la Coupe du Monde. Moi, j’ai plus de temps et je compte l’employer pour faire jouer les jeunes et leur permettre d’acquérir de l’expérience en matches amicaux, parce que c’est pour eux la seule manière de devenir de meilleurs joueurs. On peut aussi faire des erreurs. Je crois que les supporters coréens ont du mal à l’admettre. Ils pensent que si vous jouez pour l’équipe nationale, vous ne pouvez pas faire d’erreurs.
Contre l’Iran, nous avons titularisé un des plus jeunes et talentueux gardiens de la Corée du Sud (Kim Young-kwang). Il avait déjà disputé deux très bons matches avec nous. Il a été très bon à l’entraînement mais il a concédé un but. Je pense qu’il y a trois autres joueurs impliqués dans la situation qui a conduit à l’égalisation iranienne. Mais là, encore, les gens se disent : "Mais pourquoi donc n’a-t-il pas fait jouer Lee Woon-jae ?".
- Après ce genre de situation où une erreur conduit à un but, que dîtes-vous à vos joueurs après le match ?
- Après le match, je n’ai rien dit, parce que je sais, de par mon expérience, que les émotions sont encore trop à vif. Lorsque l’on gagne, il y aussi beaucoup d’émotions, mais c’est différent. La semaine dernière, la déception était trop grande pour tous. Personne ne s’attendait à ce que nous concédions un but. Personne, parce que nos adversaires n’avaient aucune occasion. J’ai simplement dit aux joueurs que je leur parlerais le lendemain. D’abord, il faut laisser passer la frustration, le jour suivant, les joueurs sont plus ouverts à ce que vous allez leur dire.
- Et que leur avez-vous dit ?
- Je leur ai dit que tout était affaire de concentration, comme pendant la Coupe du Monde. Sans vouloir porter la faute sur les épaules de Choi Jin-cheul, nous savions exactement de quelle manière les Suisses tiraient leur coup francs et leur corners. Nous avons couru après le score et dans ces moments-là, les conséquences d’une perte de concentration couplée aux individualités sont graves. C’est ce qu’a dit aux médias le capitaine de l’équipe, Kim Nam-il. Je ne l’ai jamais su mais il l’a dit, de toutes les façons, et je pense que tout le monde, même les joueurs, ont approuvé ses paroles. Nous leur avons montré une analyse vidéo et ce qui n’allait pas. Si nous voulons devenir une meilleure équipe, nous devons éviter ce genre de choses.
- Donc, vous approuvez ce que Kim Nam-il a déclaré à la presse ? (Le capitaine Kim Nam-il a récemment critiqué les joueurs évoluant à l’étranger, dont Seol Ki-hyeon et Park Ji-sung, les accusant de ne pas jouer pour l’équipe mais pour eux-mêmes).
- J’approuve à 100%. Les joueurs sont aussi d’accord avec moi. Je peux le comprendre parce que je suis en Corée du Sud depuis longtemps. Au moment où certains joueurs touchent le ballon, les supporters deviennent comme fous et les joueurs veulent leur montrer ce qu’ils valent et assurer le spectacle. Je leur ai dit : "Faîtes cela lorsque l’on mène 6-0", et même dans ce cas de figure, je pense que l’on doit toujours jouer pour l’équipe. Je sais que ce n’est pas très conforme à la manière coréenne de confronter les joueurs à leurs fautes, mais ils me connaissent assez bien pour savoir que nous devons apprendre de nos erreurs. Je ne le cache pas, je pense que tout le monde peut commettre des erreurs, mais il faut être conscient de ses erreurs et ne pas les répéter plus tard. Si vous faîtes la même erreur trois fois, ce n’est plus la peine de remettre les pieds dans l’équipe.
Les joueurs évoluant en Europe ont l’habitude d’être critiqués par l’entraîneur. Je pense que j’ai été juste, je leur ai montré leurs erreurs mais je n’ai pas hurlé une quelconque stupidité après le match. C’est inutile.
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