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- John Duerden : Parlez-nous de la Coupe du Monde. Que pensez-vous de la performance de l’équipe cette année ?
- Pim Verbeek : Nous pensons tous que les joueurs auraient pu faire mieux. C’est facile à dire, mais il faut par la suite trouver où sont les problèmes. Pour moi, c’est simple, notre préparation fut trop courte. Les joueurs clés sont arrivés en mauvaise condition, certains étaient blessés, d’autres n’avaient pas joué en club depuis quatre, cinq voire six mois. Pour citer des noms : Ahn Jung-hwan, Seol Ki-hyeon et Park Ji-sung. Park, qui est un joueur clé pour nous, est d’ailleurs revenu blessé et a manqué les trois premières semaines de la préparation. La pression et les responsabilités se portent alors sur les épaules de joueurs qui ne sont pas prêts psychologiquement à cela. Le poids était aussi trop lourd à porter pour Park. Il joue en Europe et tout le monde attend beaucoup de lui. Si vous saviez le nombre de publicités qui ont été tournées ici à l’occasion de la Coupe du Monde...
C’est une des principales raisons pour laquelle nous n’avons pas franchi le premier tour. Lors du premier match, nous étions sous pression, tous les supporters s’attendaient à une victoire contre le Togo, mais c’était le premier match pour tous les joueurs. Lors du second match, contre la France, nous avons mieux joué, et contre la Suisse, c’était du tout ou rien. Nous avons alors concédé un but inutilement, et vous savez alors que vous devez en marquer deux au minimum.
- Que pensez-vous du second but suisse ?
- Je pense toujours qu’il a été marqué en position de hors jeu. J’ai vu tellement de buts inscrits alors que le joueur était complètement hors jeu pour un arbitre, mais ne l’était pas pour un autre. Je pense que personne ne connaît exactement les règles.
- Beaucoup de gens en Corée du Sud ont pensé que vos stratégies et formations étaient trop défensives, en particulier contre le Togo, lorsque la Corée menait 2-1 à onze contre dix, et aussi contre la Suisse. Que répondez-vous ?
- Je ne suis pas d’accord. Du tout. La seule chose qui importait lors du premier match, c’était de prendre les trois points. La situation était la même la semaine dernière contre l’Iran (1-1). On menait 1-0 et les trois points étaient très importants. Dans ce cas-là, il y a deux possibilités. Soit vous vous dîtes : "On va chercher à marquer un deuxième but et tuer le match", mais lorsque vous sentez que ce n’est pas possible, vous vous dîtes : "D’accord, on va prendre les trois points".
Je reste convaincu que le Togo était dangereux en contre-attaques et c’était stupide de risquer de les voir revenir à 2-2. Prendre les trois points était l’essentiel. Mais nous savions depuis le début que le match décisif serait le dernier, contre la Suisse. C’est facile de dire que nous aurions marqué plus de buts avec des si, si, si. Je sais parfaitement ce qui a été, et ce qui ne l’a pas été. Ca ne me dérange pas que les gens pensent ainsi, mais une seule personne prend les décisions.
- Ces dernières semaines ont été très intéressantes pour certains joueurs Sud-coréens. Vous avez notamment écarté Ahn Jung-hwan, qui est actuellement sans club, du groupe contre l’Iran. Quels conseils pouvez-vous lui donner pour qu’il puisse revenir en sélection ?
- Il savait qu’il prenait un risque. Je ne suis pas impliqué et je ne suis pas son agent, mais je suis à 100% sûr qu’il intéressait plusieurs équipes, qui n’avaient probablement pas le niveau auquel il imaginait terminer sa carrière. Il a pris le risque d’attendre une meilleure offre. Mais chacun est responsable de ses propres décisions et je pense que celle qu’il a prise était la mauvaise. Je suis sûr qu’il pense également la même chose. Même s’il ne joue pas dans le championnat le plus prestigieux du monde, il joue toujours au football et il est à un âge où il peut encore évoluer au plus haut niveau pour deux ou trois ans.
- Quelles sont ses chances de retrouver le maillot de la sélection ?
- Actuellement, il en a absolument aucune. Je l’apprécie en tant que joueur parce qu’il peut décider un match. Je réfléchissais sérieusement à le convoquer pour le match contre l’Iran, parce que même dans les dernières 15, 20 minutes, il peut marquer un but. Mais comment voulez-vous que je défende la décision de convoquer un joueur sans club qui n’a pas joué un match depuis deux mois ? Jung Jo-gook était très bon à Séoul, et si je décide d’écarter un joueur talentueux tel que Park Chu-young, comment puis-je sélectionner un joueur sans club ? Vous ne pouvez pas prendre un joueur qui n’a pas d’avenir.
- S’il rejoint une équipe, vous pensez que le niveau de celle-ci et le niveau du championnat dans lequel elle évolue n’a pas d’importance du moment qu’il continue de jouer au football ?
- Exactement. Pour moi, il n’y a pas de différence. Il n’y a pas de joueurs en Corée du Sud qui possède ses qualités. Jo-gook est un bon joueur, qui a un avenir brillant, mais nous ne possédons pas d’autres joueurs comme Ahn Jung-hwan pour décider un match. C’est un joueur expérimenté et je crois qu’il veut vraiment disputer la Coupe d’Asie.
- Pour quelles raisons pensez-vous qu’il ait autant de problèmes avec sa carrière en clubs ?
- Si j’étais l’entraîneur d’un club, je regarderais son cv et pour être honnête, il n’a pas tellement joué en France et il a seulement joué deux fois en cinq mois en Allemagne. Il a déjà 30 ans et les entraîneurs savent qu’il n’est pas le joueur le moins cher, ils pensent que c’est trop risqué. Je pense qu’il est peut être un joueur intéressant pour de nombreuses équipes. Si un entraîneur me contacte, je n’hésiterais pas à le recommander. Je pense aussi qu’il n’a pas été très chanceux en Allemagne. Il est arrivé à un mauvais moment. Lorsqu’il est arrivé à Duisbourg, l’équipe commençait à gagner sans lui. Pour une recrue, c’est un désastre. C’est bon pour le club, mais pas pour le joueur. Je comprends l’entraîneur. Il gagne sans Ahn, alors pourquoi changer ?
J’ai parlé avec le directeur et l’entraîneur du club avant qu’ils ne l’achètent. Je leur ai expliqué quel genre de joueur il était et ils m’ont répondu qu’ils cherchaient désespérement un tel joueur. Ils étaient très enthousiastes, c’est vraiment dommage.
Pour nous, Ahn était un joueur titulaire, mais il n’a pas montré lors des trois semaines de préparation avant la Coupe du Monde qu’il était assez en forme et qu’il était assez fort mentalement. Seol Ki-hyeon a connu un cas similaire. Je pense que personne en Angleterre n’imaginait qu’il jouerait comme il le fait aujourd’hui en Premier League. Si vous revenez sur sa saison à Wolverhampton, en particulier sur ses six derniers mois avec les Wolves, il n’était jamais dans l’équipe première. Qui aurait pu prédire qu’un joueur qui ne jouait même pas en seconde division deviendrait l’un des meilleurs joueur de l’élite anglaise ?
- Que pensez-vous de Lee Chun-soo ? Il a eu l’opportunité de passer un essai en Angleterre (Portsmouth) mais il a rejeté l’offre.
- Je n’en savais rien jusqu’à la semaine dernière. Je ne lui en ai pas parlé mais je comprends qu’il veuille jouer à l’étranger.
- Pensez-vous qu’il réussirait en Angleterre ?
- Je pense que Chun-soo peut jouer n’importe où en Europe, parce qu’il a beaucoup de qualités, bien qu’il ait encore beaucoup à apprendre. De nombreuses équipes et de nombreux entraîneurs seraient très heureux de posséder un tel joueur, qui peut jouer des deux pieds, qui peut marquer, notamment sur coups de pied arrêtés. Il a toujours envie de jouer les 90 minutes.
Je pense que plusieurs équipes hollandaises seraient ravies de s’attacher ses services. Le seul problème, c’est qu’elles ne peuvent pas se le permettre financièrement. C’est dommage parce que je pense que le championnat hollandais est bon pour tous les joueurs, en particulier les joueurs asiatiques. C’est un championnat parfait pour débuter en Europe.
- Lee Young-pyo était tout près de signer pour l’AS Roma, mais il a refusé le transfert au dernier moment. Quel regard portez-vous sur cela ?
- Je l’ai vu jouer pour Tottenham récemment au poste d’arrière latéral droit. J’ai remarqué que l’arrière gauche que les Spurs ont fait venir de Lens (Benoit Assou-Ekotto) faisait du très bon travail. Young-pyo sait probablement que s’imposer dans le couloir gauche ne sera pas facile. Je lui ai conseillé de se concentrer sur le poste d’arrière droit. Mais je ne sais pas pourquoi il a refusé de s’engager à Rome. Il m’a affirmé que ça n’avait rien à voir avec la religion. Il préfère garder sa raison pour lui.
Mais les Spurs ont acheté un nouvel arrière droit, très prometteur, très talentueux... (l’international français Pascal Chimbonda)
- Et très cher...
- Et très cher. Je sais que l’entraîneur de Tottenham est vraiment ravi de ses nouvelles recrues, mais je sais qu’il voulait vraiment garder Lee Young-pyo. Je ne connais que très peu de joueurs qui peuvent aussi bien jouer à gauche qu’à droite et qui possède une telle mentalité.
- Venons-en à présent à Park Chu-young. Pensez-vous que trop de pressions ont été mises trop rapidement sur ses épaules ?
- Oui, je le crois. Nous le savions déjà l’année dernière. Nous avions déjà nos doutes, mais à chaque fois qu’il touchait le ballon, il marquait un but, la "golden touch", quoi. Mais tout le monde savait aussi qu’après une telle saison, ce serait difficile. Ca a commencé en mars. Entre le mois de mars et la Coupe du Monde, il n’a pas très bien joué, mais nous l’avons sélectionné dans le groupe parce qu’il avait quelque chose de spécial. Il est rapide, il est téméraire et il peut marquer des buts.
- Quel genre de doutes aviez-vous à son sujet ?
- Il ne jouait pas très bien, il ne marquait plus. Il ne jouait plus pour l’équipe et prenait trop souvent sa chance. Ce qui est bien lorsque vous vous sentez bien, mais dans le cas contraire, il faut penser un peu plus à ses coéquipiers. C’est difficile pour un jeune de 20 ans de maintenir le même niveau. Il doit maintenant faire ce qu’il a toujours fait, marquer des buts pour son club (FC Séoul) et retrouver sa confiance. J’ai toujours dit que nous pourrons l’utiliser dans les années à venir, parce que c’est un de nos joueurs les plus prometteurs. Tout reste à savoir combien de temps il restera dans le fossé dans lequel il est tombé. Mais Park est intelligent. Il n’essaie pas de jouer sa star. Il s’entraîne dur. La différence, c’est que l’an dernier, tout ce qu’il touchait se concrétisait par un but, cette année, ça passe au-dessus ou loin des buts.
L’autre problème, c’est qu’il n’est pas un joueur pour le système à trois attaquants. Il est mieux adapté à un système à deux attaquants qui lui laisse plus de libertés d’action. Il y a deux possibilités : soit nous nous adaptons à lui, soit c’est lui qui s’adapte à nous.
- Lee Eul-yong a également pris sa retraite internationale...
- A l’entraînement, Lee est venu me voir et m’a dit : "Il y a tant de bons joueurs... C’est leur heure à présent. Ils sont assez mûrs et deviennent meilleurs de jour en jour. Je souhaite à présent me concentrer sur ma carrière au FC Séoul." Je lui ai répondu que je respectais sa décision. Je pense que, techniquement, c’est un de nos meilleurs joueurs. Il ne commet jamais d’erreur lorsqu’il a la balle au pied. Je lui ai simplement demandé de rester avec nous pendant la semaine des matches éliminatoires, de façon à ce que les jeunes joueurs apprennent de lui. Et il a accepté.
Je pense qu’il a pris la bonne décision. La jeune génération grandit très vite. Il a réalisé une belle carrière, il a joué deux Coupes du Monde et joué en Europe. C’est un joueur technique et très intelligent.
- Va-t-il manquer à la sélection ?
- Il n’est plus un joueur titulaire en sélection parce que de plus jeunes joueurs font leur arrivée. Tout le monde connaît les qualités de Baek Ji-hoon (Suwon Samsung), Kim Jung-woo (Nagoya Grampus) et Lee Ho (Zénith Saint-Pétersbourg). Kim Do-heon (Seongnam Ilhwa) se distingue aussi de plus en plus. Nous avons aussi des joueurs de 16, 17 ans au FC Séoul ainsi que des joueurs versatiles tel que Oh Bum-seok (Pohang Steelers) qui peut jouer à différentes positions. Lee Eul-yong aurait eu du mal à s’imposer mais j’apprécie énormément ce genre de joueurs qui peuvent aider les plus jeunes, notamment à l’entraînement. Ji-hoon peut apprendre beaucoup de lui.
- Quels sont vos objectifs pour l’année, hormis la qualification pour la Coupe d’Asie des Nations 2007 ?
- Nous nous concentrons sur les Jeux Asiatiques (Doha 2006). Nous devons rapidement nous décider pour la sélection.
- Les Jeux Asiatiques sont-ils si importants ?
- Je le crois. Parmi la sélection, plusieurs joueurs jouent chez les A. Plus ils accumuleront d’expérience, mieux ce sera. Nombreux sont ceux qui disputeront la Coupe d’Asie et si vous regardez leur âge, ils auront tous environ 27 ans lors de la Coupe du Monde 2010. Ils représenteront alors la majeure partie de la sélection. Même si les Jeux Asiatiques n’est pas la compétition la plus prestigieuse, ce sont toujours des matches internationaux et j’aime que l’équipe soit réunie.
Mais mon premier objectif reste la qualification pour la Coupe d’Asie.






