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Gustave Bollanga : « Les choses ont beaucoup évolué depuis la Coupe du Monde »

Par Guy Morin | samedi 31 décembre 2005 | 14h54

Gustave Bollanga, ancien joueur de K-League, revient sur son expérience sud-coréenne. Voici son interview exclusive.

Gustave Bollanga est un joueur camerounais, ancien milieu offensif des Chonbuk Dinos. Il a joué 10 matches et inscrit 2 buts sous le maillot de Chonbuk en 1996, évoluant le plus souvent derrière les deux buteurs, Vitaly Parachnievich et Kim Do Hoon. Gustave est aujourd’hui âgé de 39 ans. Pour Footcoreen.com, il revient sur son parcours en K-League.

- Footcoreen.com : Tout d’abord, pouvez-vous nous dire comment vous avez débuté le football ?

-  Gustave Bollanga : J’ai un parcours assez atypique, et s’il fallait le résumer en quelques mots, j’ai eu le privilège de recevoir un don qui m’a permis très tôt de devenir un espoir du football camerounais, j’ai été très vite éloigné des terrains de foot du Cameroun au profit de mes études en France. Mais après quelques années infructueuses à la fac, j’ai repris le foot jusqu’au niveau D3 en France (Joué-lès-Tours) puis j’ai proposé mes services au Canon de Yaoundé (1ère div Cameroun) club avec lequel j’ai gagné deux coupes du Cameroun (94 et 96) avec l’opportunité d’être sélectionné en équipe nationale lors de la préparation de la Coupe du Monde 1994.

- En 1996, vous avez rejoint le championnat de Corée du Sud. Pourquoi avez-vous choisi de jouer en K-League ?

-  N’ayant pas eu l’opportunité de participer à la World Cup 94 je n’avais plus de motivation pour continuer ma carrière au Cameroun. J’ai bénéficié des relations d’amitié entre les Présidents du CIO de nos deux pays respectifs pour devenir l’un des rares africains à évoluer dans la K-League.

-  Vous avez joué pour les Chonbuk Dinos. Quels souvenirs en gardez-vous ?

-  C’était en ce temps là ce qu’on pourrait appeler une équipe du terroir, nous représentions la Province du Chon Buk et nous venions à peine d’être affiliés en 1ère division. Ce groupe, staff technique, dirigeants et joueurs compris, n’avait pas de recul suffisant pour jouer les premiers rôles ; le temps, la patience et le travail ont finalement fait de Chonbuk FC une grande équipe. Mon seul regret c’est de n’avoir pas eu la confiance de mes entraîneurs et de mes dirigeants qui à mon avis ne comptaient pas sur moi ni sur mon expérience. De plus, mon contrat était indigne d’un joueur de la K-League, j’ai été naïf de croire que mon talent suffirait à remettre les choses en place l’année suivante.

- Avez-vous joué dans d’autres clubs coréens ?

-  Non, mais j’aurais adoré jouer pour le club Pucheon Yukong, avec l’ancien sélectionneur du Cameroun de 1990, Valéry Nepomniachi, car lui connaissant les qualités des joueurs camerounais, aurait su exploiter mon potentiel.

- Quand et pourquoi avez-vous quitté le championnat coréen ?

-  En décembre 96, à la fin de la saison, j’ai été tout simplement remercié et limogé sans explication valable car statistiquement je ne pense pas avoir été mauvais dans l’ensemble. Je suppose que le fait que j’ai eu des exigences concernant ma petite famille restée au Cameroun n’a pas dû plaire à mes dirigeants, mon départ a quelque peu bouleversé ma carrière car lorsque je choisissais la Corée du sud, j’étais conscient que je me fermais toutes les portes des championnats européens mais à ce moment je n’avais pas le choix.

- Quel regard portez-vous sur la K-League aujourd’hui ?

-  Je constate que les choses ont beaucoup évolué depuis la Coupe du Monde. Les nouveaux stades sont tout simplement merveilleux et encore bravo à la Corée du Sud qui a été à la hauteur de l’évènement. Mais pour le reste, j’attend encore de voir un championnat dans lequel les deux derniers sont rétrogradés en D2 et remplacés par deux nouvelles équipes.

- Selon vous, ce championnat a-t-il évolué depuis que vous l’avez quitté ?

Sûrement, les équipes ne jouent plus autant à l’énergie qu’a notre époque ; maintenant elles appliquent des systèmes de jeu semblables à ceux que l’on voit sur les stades européens, mais par contre, je ne pense pas qu’il y ait en ce moment des joueurs de la classe de Hong Myeong-Bo en K-League.

- Suivez-vous l’actualité du football coréen ?

-  Pas vraiment, c’est occasionnellement que je visite quelques sites pour avoir des nouvelles de Kim Do-Hoon et Choi Jin-Cheol qui restaient mes anciens coéquipiers encore en activité.

- Que pensez-vous des joueurs coréens ?

-  Je pense qu’ils ont toutes les qualités pour élever encore plus haut le football coréen, mais ils donnent toujours l’impression de se complaire dans la K-League où ils ne connaîtront jamais les difficultés d’adaptation en territoire inconnu, c’est une situation qui forge un caractère et qui pourrait s’avérer utile pour se surpasser si l’occasion se présentait. C’est dommage que le monde entier n’ait pas eu le privilège d’apprécier le talent de Hong Meong-Bo par exemple... Chaque joueur doit avoir cette envie de s’imposer au plus haut niveau comme Cha Bum-Kum et Park Ji-Sung. Il est anormal que l’histoire du football moderne ne retienne que deux noms lorsqu’on parle de la Corée du sud, parce que les autres talents ont préféré ne pas tenter l’aventure européenne.

- Combien de temps avez-vous vécu en Corée du Sud ? Quels souvenirs gardez-vous de ce pays ?

-  J’ai vécu pratiquement un an à Jeonju, et si je reste mélancolique lorsque je pense à la gentillesse et à la courtoisie de quelques membres de l’équipe et des habitants de la province de Chonbuk qui m’ont très vite adopté, je suis moins enthousiaste lorsqu’il s’agit de mon contrat et de football car je continue de croire que mon club a sous estimé mes capacités.

- Vous êtes âgé de 39 ans. Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

Je ne parle pas de carrière lorsque j’évoque mon passé dans le milieu du football professionnel car je n’ai jamais eu un seul contrat qui me fasse prendre conscience que je construis mon avenir. Après une longue traversée du désert, je me tourne aujourd’hui vers le marketing sportif, avec un projet assez vaste car il englobe la création d’une marque de sport adaptée aux besoins du continent africain d’une part, et le développement des infrastructures sportives modernes au Cameroun.

- Un retour en Corée du Sud est-il envisageable ?

-  J’y étais au mois d’août, et je me suis tout simplement régalé car j’adore la cuisine coréenne, j’en ai profité pour étudier toutes les possibilités de faire avancer mon projet et je garde l’espoir d’avoir des partenaires de ce coté là.

- Pour finir, connaissiez-vous le site Footcoreen.com ?

-  Non, mais lors de mon dernier voyage Seoul, j’avais promis à mes enfants de retrouver des traces de ma brève carrière en Corée du Sud, alors dans mes recherches j’ai découvert votre site et j’ai tout de suite pris contact avec vous pour savoir si vous étiez en mesure de trouver des éléments ; c’est déjà très ancien et pas évident, alors je profite de cette tribune pour lancer un appel à ceux qui seraient en mesure de retrouver des photos de Bollanga en 1996 (contactez Footcoreen.com qui transmettra). Je vous remercie d’avance.

- Avez-vous quelques commentaires à ajouter pour conclure cette interview ?

-  Je voudrai très humblement vous rendre hommage pour votre dévouement à la K-League et au football coréen. Puissiez vous toujours avoir cette passion communicative qui permet aux inconditionnels du Sport Roi de se plonger dans votre univers. Aussi ce 31 décembre 2005, je vous adresse ainsi qu’à vos lecteurs, tous mes vœux, de bonheur, de santé et de prospérité.

- Merci Gustave d’avoir répondu à nos questions et éclairé nos lecteurs sur votre parcours en K-League.

Propos recueillis par G.M.

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