- John Duerden : La Corée du Sud vous manquera-t-elle ?
- Dick Advocaat : Oui, sans aucun doute.
- Qu’est-ce qui vous manquera ?
- La gentillesse des Sud-Coréens. Leur discipline, leur sympathie. Je pense que nous avons apprécié tout cela depuis le moment où nous sommes arrivés.
- Que pensez-vous de la cuisine coréenne ? Avez-vous un plat favori ?
- Pour être honnête, je n’ai pas mangé beaucoup de plats coréens. J’ai bu de la soupe, avec des nouilles, mais c’est tout. Je mange à l’occidentale la plupart du temps.
- Et le kimchi ?...
- Non (rires). J’ai vu ce que c’est. Les joueurs en sont friands mais pas moi.
- On dit que c’est un des aliments les plus sains du monde.
- Oui. Je suis persuadé que le kimchi est la clé de notre succès (rires).
- Avant d’arriver en Corée du Sud, quelle était votre impression sur les joueurs et le football coréen ?
- Tout d’abord, sachez que c’est formidable d’avoir la chance d’être engagé dans une Coupe du monde. Pim Verbeek (entraîneur-adjoint en 2002 et 2006), est notre principal atout, et de loin le meilleur. Il connaît la plupart des éléments du groupe, parce qu’il est en contact permanent avec la presse de ce pays. Il est toujours au courant de ce qu’il se passe au niveau des joueurs.
Nous savions que le niveau de confiance était bas. On se disait « il nous reste six, sept ou huit joueurs de 2002 ». Nous avions conscience que nous disposions de joueurs de talent mais aussi de notre expérience, celle Pim et la mienne - Afshin Ghotbi (également adjoint en 2002 et 2006) nous a rejoint plus tard -. Au début, il n’y avait que Pim et moi, et c’est seulement ensuite que nous avons fait venir Afshin. Le premier contact s’est établi entre Sam Ka, Pim et moi-même.
Nous savions ce que nous étions en train de faire et l’arrivée d’Afshin était prévue. Aujourd’hui, nous avons un excellent staff. Jusqu’ici, c’est le meilleur choix que j’ai jamais fait - sauf pour Afshin (rires avec Afshin, assis tout près).
- Quelle a été votre première impression lorsque vous êtes arrivé ?
- Le point positif est que les joueurs avaient été informés de ma venue et connaissaient beaucoup de choses sur moi - il y avait déjà du respect, également pour Pim, Afshin et Hong Myung-bo. Nous avons vu leurs regards tournés vers nous. L’entraînement était incroyable - les deux premiers jours étaient incroyables - les joueurs ont tellement travaillé.
Nous avons commencé à leur dire que si nous étions soudés, nous pourrions avoir une grande équipe. Nous avons eu de nombreuses discussions à propos de l’obtention de résultats et de la cohésion du groupe, pas seulement avec le groupe, également avec la presse et les supporters.
- Avant de venir ici, vous ne connaissiez pas grand chose sur les joueurs...
- Rien du tout
- ... alors comment avez-vous abordé le fait de sélectionner ensemble votre premier groupe de joueurs ?
Eh bien. Nous avons beaucoup discuté avec les membres du comité de la KFA. Ensemble, nous avons visionné les matches précédant notre arrivée, et pas une seule, mais de nombreuses fois. Il y avait des informations à prendre, la K-League et les sélections précédentes étaient de bonnes références. J’ai parlé avec Bo, Afshin et Pim et c’est comme cela que nous avons construit l’équipe.
- Que pensez-vous de la K-League ?
- Je suis pas tellement impressionné par la K-League.
- Quels sont les problèmes et comment peut-on améliorer cela ?
- Je pense qu’il y a beaucoup de choses à améliorer. La majorité des gens ici sont fous de football. C’est la base, les gens aiment le football. De cette façon, l’avenir du football coréen peut être très, très brillant. Si vous utilisez les bons outils pour développer cela alors je pense que la Corée peut devenir une grande puissance du football mondial. Je sais qu’il y a des projets en cours sur la façon d’améliorer les choses et la solution qui pourrait être adoptée ne me semble pas être la bonne... mais ce n’est pas le moment pour moi d’exprimer mes idées.
- Quand vous avez établi votre liste pour la Coupe du monde, comment avez-vous dit aux joueurs qu’ils étaient sélectionnés ?
- Nous ne leur avons pas dit. Nous leur avons envoyé un courrier.
- Et pour les joueurs de la liste d’attente ?
- Nous leur avons aussi envoyé un courrier. Ils font partie des 28 meilleurs joueurs de la Corée. Malheureusement, pour l’instant, ils ne sont pas invités mais tout peut encore arriver.
- Certains joueurs évoluant en Europe, comme Ahn Jung-hwan, Cha Du-ri et Seol Ki-hyeon n’ont pas réalisé une grande saison. Pourquoi Ahn et Seol ont-ils été sélectionnés, mais pas Cha ?
Tout d’abord, concernant Ahn, j’ai vu toutes les rencontres de 2002, je l’ai beaucoup observé sur vidéo. Je retiens le fait qu’il a été un membre important de l’équipe 2002 et qu’il a inscrit des buts. Il a joué avec nous et j’ai pensé qu’il avait les qualités pour nous apporter quelque chose avec les autres attaquants.
Concernant Cha, c’était problématique. Il jouait au poste de latéral droit dans son club et je pense que nous avons déjà de meilleurs arrières droits que Cha Du-ri. Comme ailiers, nous avons quatre joueurs qui peuvent évoluer à gauche et à droite, de bons et talentueux jeunes joueurs. Nous avons voulu garder ceux qui jouaient chaque semaine et ceux qui ont participé au stage de préparation.
- Que connaissez-vous du Togo ?
En principe, nous connaissons tout. Le Togo va commencer à jouer avec ses titulaires au cours des 15 prochains jours. Pendant la Coupe d’Afrique des Nations, la Togo avait un bon onze de départ, nous avons toutes les vidéos, les membres du comité étaient présents et mes propres superviseurs aussi.
Alors, lorsque nous débuterons face au Togo, nous connaîtrons tous leurs systèmes de jeu, toutes les individualités, il n’y a pas de surprise pour nous. D’un autre côté, je pense que c’est une situation réciproque.
- Sur le papier, le Togo devrait être le match le plus facile...
- C’est la plus grosse erreur que nous pouvons faire, car je pense justement que ce sera le match le plus difficile.
- Pourquoi ?
- Parce que les espoirs du Togo ne sont pas si grands. Mais ce sera le premier match, pour nous comme pour le Togo. Ils feront le plein de confiance s’ils gagnent, et ils pourront continuer en s’améliorant. Le mieux aurait été de jouer contre eux en dernier.
- Votre message aux joueurs avant le match contre le Togo sera-t-il différent de ceux d’avant les rencontres vous opposant à la France et à la Suisse ?
- Oui. La confiance est une bonne chose mais l’excès de confiance est nuisible. Contre le Togo, nous leur dirons qu’il s’agit d’un match très important et que nous avons joué contre le Senegal, le Ghana et l’Angola afin qu’ils puissent s’y référer. Il n’y a pas de match facile.
Pour la France et la Suisse ce sera la situation inverse... Le message d’un entraîneur est plus facile contre la France et la Suisse car les joueurs savent que ces équipes sont meilleures.
- Avez-vous choisi vos titulaires ?
- Ce n’est pas encore décidé. Si un joueur nous impressionne au cours des deux prochaines semaines, il peut encore avoir sa place dans l’équipe-type. Il y a huit ou neuf joueurs pour lesquels vous pouvez être sûr qu’ils joueront. Dans mon esprit, il y a encore deux joueurs qui doivent se battre pour la place de titulaire.
- Et il s’agit de...
- (rires)
- Si l’on regarde les gardiens, les deux remplaçants Kim Young-kwang et Kim Yong-dae n’ont jamais joué sous vos ordres.
- Non, car je continue de croire qu’il y a une classe de différence entre Lee Woon-jae et les autres gardiens. Mais au vu de leur progression actuelle, ces derniers tendent à réduire l’écart.
- Ne serait-ce pas une bonne idée de faire jouer l’un de ces remplaçants avant qu’il se retrouve parachuté en match de compétition ?
- C’est toujours une possibilité.
- Selon certaines rumeurs, Lee Woon-jae ne serait pas en pleine possession de ses moyens.
- Ah bon ? Les medias essaient toujours de trouver quelque chose mais il est heureux et en pleine forme. C’est un vrai capitaine.
- Est-ce une bonne idée d’avoir un gardien pour capitaine ? L’équipe de Corée est-elle trop silencieuse pour avoir un autre capitaine ?
- Vous ne pouvez pas changer le caractère d’un joueur. S’il ne parle pas et que vous lui dites « tu dois parler », ça ne fonctionne pas. Si vous parlez sur le terrain, cela vient de votre cœur et de votre âme, c’est ce que vous êtes. L’âge ou la couleur importe peu, vous devez aider vos partenaires, vous entraîner et parler ensemble.
Par le passé, il a été dit que certains joueurs avaient quelques difficultés à parler aux joueurs plus âgés, à la fois sur et en dehors du terrain.
Nous étions très surpris de la façon dont ils se sont adaptés. Même à table à l’heure du repas ils rient, alors qu’à l’époque d’Hiddink, ils ne riaient pas. Maintenant ils s’amusent ensemble, et c’est ainsi que vous pouvez voir ce qui a changé en quatre ans, à travers l’influence des expatriés et l’apport des entraîneurs étrangers.
- Pourquoi avez-vous choisi d’établir votre camp d’entraînement en Ecosse ?
- C’est un beau pays avec une vraie ambiance de football. Nous nous entraînons dans l’un des meilleurs centre d’entraînement d’Europe.
- C’est grâce à vous qu’il a été choisi...
- Oui, bien-sûr, j’espère que mes photos sont encore accrochées au mur ! (rires) Nous pouvons y travailler sereinement et mettre les joueurs en condition, les terrains y sont excellents. J’aurais pu choisir les Pays-Bas mais j’ai pensé que l’Ecosse était une meilleure solution.
- Vous allez jouer contre le Ghana à Edimbourg. Qui a choisi les adversaires des matches amicaux ?
- Cela dépend de leurs possibilités. Tout le monde n’est pas prêt à se déplacer jusqu’en Corée. J’aime particulièrement jouer contre des équipes qui participent à la Coupe du monde car comme nous, ils sont en pleine période de préparation. Les autres équipes peuvent jouer sans retenue et ne se soucient pas de ce qu’il peut arriver.
C’est une bonne chose de jouer contre d’autres participants au Mondial, ils ont les mêmes objectifs et cela est plus facile. Nous rencontrons la Fédération coréenne de football (KFA) et discutons des adversaires. La KFA a été incroyable et la coopération avec le staff a vraiment été excellente.
- Votre prédécesseur Jo Bonfrere s’était plaint à ce sujet...
- Pas nous. En tant qu’entraîneur principal, je suis très heureux de cette collaboration.
- Récemment, le sélectionneur du Togo a émis quelques réserves à propos de l’équipe coréenne. Que ressentez-vous devant ce genre de déclarations ?
- Il a également fait d’étranges remarques à propos de l’équipe d’Allemagne. Aucun entraîneur digne de ce nom ne dirait une chose pareille. Il est probablement à l’opposé de la situation que nous venons de décrire. Vous devez toujours respecter votre adversaire. C’est encore plus vrai pour les entraîneurs...
- Quelle différence majeure y-a-t-il dans votre travail entre la sélection nationale coréenne et la sélection nationale néerlandaise ?
- Je parle aux joueurs coréens avec un interprète, alors que je peux parler directement aux joueurs néerlandais, ce qui est plus facile. Les Néerlandais aiment donner leur avis. Les Coréens, eux, vont suivre à la lettre ce que vous dites, ils sont très disciplinés et c’est une chose que j’apprécie.
- Si vous deveniez entraîneur d’un club, aimeriez-vous recruter des joueurs coréens ?
- Je comprends maintenant pourquoi M. Hiddink a pris avec lui des joueurs coréens. Il aime travailler avec eux.
- Pourquoi ? Quelles sont les qualités des joueurs coréens ?
Ils ne renoncent jamais. Ils vont toujours au bout de ce qu’ils font. L’entraîneur du Sénégal a eu les mots justes au sujet de la rencontre (la Corée a fait match nul 1-1 contre le Sénégal deux jours plus tôt). Il a dit que l’équipe de Corée avait de très bons éléments, qu’il y avait une partie très forte et une partie très faible. Je peux comprendre ce qu’il a voulu dire.
C’est vrai, mais je laisse faire les choses. Normalement, je devrais changer quelque chose pour avoir une équipe plus équilibrée. Mais je ne l’ai pas fait parce que ce n’était pas notre but. Il avait raison, il y a eu de très bonnes périodes, où nous étions très rapides dans nos contre-attaques. Nous aimons presser l’adversaire et nous avons beaucoup d’énergie. Si nous l’utilisons correctement, nous pouvons avoir une équipe combative et un bloc compact difficile à manœuvrer.
- Et pouvez-vous nous parler des faiblesses ?
- (Long silence)... Tout le monde a des points faibles, nous en avons aussi. Mais c’est aux adversaires de les trouver.
- Une partie des médias vous a qualifié d’entraîneur défensif, peut-être à cause du fameux remplacement effectué durant le match Tchécoslovaquie-Pays-Bas de l’Euro 2004. Qu’en pensez-vous ?
- Si vous regardez ce que j’ai fait dans mes 58 matches à la tête de la sélection néerlandaise, il y a un excellent record, une longue série de victoires et de buts marqués, tout comme avec le PSV, où nous avons inscrit beaucoup de buts.
Pour la rencontre contre la Tchécoslovaquie, nous étions bien organisés défensivement et nous posions de nombreux problèmes avec nos contre-attaques. Nous étions la meilleure équipe. Je continue de croire que c’était la bonne décision, mais le problème est que nous avons perdu après avoir mené 2 à 0.
Cela a définitivement modifié une atmosphère déjà passablement dégradée.
- Avec l’équipe ?
- Pas avec l’équipe ou le groupe, mais plutôt entre les médias et moi-même. Les relations n’étaient plus au beau fixe depuis déjà six mois ou un an.
- Qu’aimeriez-vous que l’on retienne de vous en Corée ?
- Je ne m’en soucie pas, pourvu que les gens me considèrent comme quelqu’un d’honnête et droit. Rares sont ceux qui peuvent déclarer cela à la presse néerlandaise mais je peux dire que je suis honnête et droit.
- Si c’était à refaire, changeriez-vous quelque chose ?
- Je choisirais un autre staff technique (Pim Verbeek se trouve à côté et ils rient ensemble). Non, c’est un grand honneur. Peut-être que nous continuerons, on ne sait jamais dans la vie.
- C’est vraiment possible ?
- Je pense que c’est toujours possible, la porte n’est pas fermée. A partir du moment où nous sommes arrivés, nous avons passé de bons moments - ensemble, avec les joueurs et en collaboration avec la KFA. Je n’ai aucun regret.
Propos recueillis par John Duerden pour Goal.com. Traduction : G.M.






