Dans l’idéal, il fallait que les dames de Kim Kwang-Minponctuent leur phase de poule par une nette victoire, afin de devancer la sélection étasunienne, et ainsi s’emparer de la première place du groupe, histoire d’ éviter de retrouver dès les quarts de finale la redoutable mannschaft allemande. Un scénario "idyllique" que seuls les plus fervents supporters de la Corée du Nord pouvaient sérieusement envisager...
Car sur le terrain, on voyait plutôt nos vaillantes coréennes arracher un match nul pugnace, contre un adversaire tout de même particulièrement redoutable : la sélection nationale de Suède, finaliste du dernier Mondial (Etats-Unis 2003), et dont le championnat national est considéré par nombres d’observateurs comme l’un des tout meilleurs au monde... Des suèdoises qui étaient d’ailleurs d’autant plus motivées qu’il leur fallait impérativement s’imposer sur un score large contre les coréénnes, pour récupérer la seconde place, suite à leur défaite (2-0) contre les Etats Unis...
C’est dire si ce dernier match de groupe, lourd d’enjeux, promettait d’être disputé. Il était même encore plus compliqué pour les coréennes qui, juchés à la si convoitée seconde place, du haut de leurs 4 points, avaient tout à perdre... Enfin cerise sur le gateau, l’organisation du tournoi faisaient se rencontrer les deux équipes loin de Chengdu, au flambant neuf stade Olympique de Tianjin, superbe arène de 60 000 places assises. Loin de Chengdu et donc loin de la pluie diluvienne, toujours si propice aux succès nord coréens...
Le début de match illustrait à merveille le contexte décrit plus haut. Les coréennes engagaient la partie avec crispation. Hésitantes balles au pied, elles multipliaient les passes molles ou imprécises, et présentaient tous les symptômes d’une équipe qui joue la peur au ventre. Les scandinaves, a contrario, semblaient parfaitement déterminées. Tranchantes dans l’entrejeu, agressives, elles maîtrisaient le cuir et portaient le danger rapidement sur les buts gardées par Jon Myung-Hui. Et elles ne tardaient d’ailleurs pas à tirer profit du malaise des asiatiques puisqu’elles inscrivaient un but dès la 4ème minute : sur un centre au cordeau venu de la droite, Charlotta Schelin plaçait une tête imparable et montrait la voie aux suédoises (1-0).
Une bonne gifle qui avait le mérite de réveiller les coréennes. Celles ci s’appliquaient alors à mieux franchir le milieu de terrain, et à transmettre les ballons plus proprement aux avants Kim Yong-Ae et Kil Sun-Hui. Elles répondaient également enfin au défi physique imposé par les suédoises, la petite Kim Kyong-Hwa allant jusqu’à blesser la meneuse Hanna Ljunberg, remplacée à la 40ème par Sara Thunebro.

Néanmoins, les offensives tant latérales (par les courses de Ri Un-Suk et de Om Jong-Ran) que frontales des nord coréennes ne semblaient pas en mesure de bousculer une défense suédoise costaude et bien en place. Kil Sun-Hui en devenait invisible. Mais si le jeu collectif rapide ne pouvait déséquilibrer le "colosse" nordique, il restait encore l’exploit individuel pour trouver la faille. C’est ce que parvenait à faire l’épatante Ri Un-Suk à la 22ème minute, en conservant un ballon à 30 mètres des cages d’Hedvig Lindahl et en adressant un tir brossé fantastique qui trouvait la lucarne (1-1) ! La talenteuse milieu de terrain ne s’exaltait pas pour autant et rappellait à ses coéquipières qu’elles n’étaient pas encore qualifiées, malgré la splendeur de son but égalisateur.
La suite de la mi temps versait dans l’âpreté et le combat, avec des contacts de plus en plus brutaux en milieu de terrain et moins de belles combinaisons. L’arbitre allemande Christine Beck sévissait et infligeait logiquement des cartons jaunes à la suédoise Frida Ostberg et Kim Yung-Ae. Les deux équipes étaient renvoyées au vestiaire sur ce score d’1-1, qui paraissait très flatteur pour des coréennes largement malmenées par leur opposant, quant à lui fidèle à sa réputation...
La partie s’avérait plus équilibrée en début de seconde période, les coréennes ayant repris du poil de la bête. Mais c’était le moment choisi par la teigneuse Charlotta Schelin pour sortir à nouveau les griffes ; sur un centre, à ras de terre cette fois, elle surgissait entre deux défenseures coréennes et taclait le ballon au fond des filets (2-1) !
Un doublé qui inquiétait l’entraîneur Kim Kwang-Min, au point que ce dernier décidait d’injecter un peu de sang neuf dans la machine, en remplaçant Kim Kyong-Hwa par une autre championne du monde U-20, Hong Myung-Gum. Puis c’était au tour de Kim Yung-Ae de sortir, pour céder la place à la doublure Jong Pok-Sim.
Les suédoises accentuaient leur pression à l’heure de jeu, cherchant par tous les moyens à accroître le score, pendant que leurs vis à vis se contentaient de procéder par contres rapides. Sans grand succès hélas, les avant Ri Kum-Suk et Kil Son-Hui rivalisant de maladresse dans la dernière passe ou dans leurs tirs (70ème, 73ème, 77ème)). La suédoise Svensson ne se montrait guère plus efficace de l’autre coté du terrain, fort heureusement pour la Corée Du Nord.

Les deux équipes continuaient de vendanger tour à tour, jusqu’à la fin du match, l’entrée en jeu d’une autre championne U-20 (Kim Ok-Sim) ne changeant aux débats. Pok Sim s’offrait même le luxe de manquer l’immanquable à la dernière minute de jeu, seule face aux buts, mais à ce stade de la partie, l’égalisation eut été anecdotique. En effet, 2-1 était un score suffisant pour les coréennes pour se hisser en quarts.
Au coup de sifflet final, les suédoises, favorites annoncées à la veille du tournoi, s’effondraient sur le terrain, certaines en larmes. L’honneur était sauf, mais la victoire n’avait servi à rien. Elimination dès le premier tour pour une équipe qui envisageait au minimum les demi finales, on comprend aisément pourquoi les scandinaves avaient tant de mal à digérer cet échec. Pourtant les suédoises ne pouvaient s’en prendre qu’à elles même : en laissant filer les deux points contre les nigérianes en ouverture (1-1) elles venaient probablement de signer sans le savoir leur "arrêt de mort" dans la compétition.

Pour ce qui est de nos coréennes, pas la moindre trace d’effusion de joie et de courses joyeuses sur le terrain, en dépit d’une qualification historique pour les quarts de finale. Non, elles rentraient aux vestiaires sous les hourras de leur supporters ivres de joie. Par quoi donc étaient troublées Kim Kyong-Hwa et ses consoeures ? Déception liée à la défaite ? La perspective de rencontrer les championnes en titre allemandes samedi 22 septembre ? La crainte de n’être pas à la hauteur susciterait-elle une "vague inquiétude" ?
Il est vrai que l’équipe de Corée du Nord aura montré au cours de la partie des signes de fatigue et de nervosité déconcertants, qui auraient pu lui couter très cher si Ri Un-Suk n’avait pas sauvé la mise d’un coup de canon... En outre, la capitaine Rim Kum-Suk semble n’avoir toujours pas retrouvé le niveau qui était le sien quelques mois avant le tournoi. Emousée, elle n’aura pas un instant illuminé le match contre la Suède de son talent, et se sera même montrée singulièrement empruntée devant le but... Enfin la sortie de la solide Kim Kyong-Hwa à l’heure de jeu contre la Suède est peut être synonyme de blessure... Voilà qui a de quoi inquiéter à la veille d’un quart de finale, même si les Nord Coréennes pourraient se satisfaire d’en être arrivé là... Kim Kwang-Min devra trouver les mots pour remobiliser ses troupes, car il Il est clair que si les coréennes présentent un visage identique contre l’Allemagne, elles perdront... Au Chollima de se révolter !









