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Lee Chun Son chantera Kimigayo

Par Jérémy Salgues | mercredi 21 février 2007 | 11h31

A seulement 21 ans, Lee Chun Son est déjà le symbole de toute une génération. Descendant d’une famille d’immigrés sud-coréens au Japon, il représente tous ces jeunes Coréens nés au Japon, partagés entre deux cultures et confrontés au choix de la nationalité. Lee Chun Son a tranché : il sera Japonais. Repéré par l’entraîneur des espoirs du Pays du Soleil levant, Sorimachi Yasuharu, l’attaquant du Kashiwa Reysol s’apprête désormais à porter le maillot bleu pour prouver sa réelle intégration dans la société nippone.

© CHUNSON.JPLee Chun Son est ce que l’on appelle un ancien Zainichi...
En adoptant la nationalité japonaise, il est devenu un citoyen japonais à part entière, dôté des mêmes droits et devoirs que les millions de citoyens nippons qui peuplent l’archipel. Il a aussi embrassé un nouveau nom, Lee Tadanari, symbole de son intégration. A seulement 21 ans, Chun Son - ou plutôt Tadanari - possède une histoire. Il est l’héritier d’une famille sud-coréenne établie au Japon depuis quatre générations. Ces ancêtres ont débarqué au Pays du Soleil levant il y a 82 ans. A l’époque, la péninsule coréenne avait été annexée par l’Empire Japonais qui en avait fait une terre d’occupation depuis 1910. Des vagues d’immigrés coréens se sont alors mises à déferler sur le Japon. Des travailleurs venus d’abord volontairement, pour échapper aux dures conditions de vie en Corée, avant que d’autres ne soient ensuite déportés pour répondre aux besoins de l’industrie nippone lorsqu’éclata le conflit sino-japonais (1937-1945). Après la seconde guerre mondiale et la défaite du Japon impérial, les Coréens retrouvèrent leur liberté, et la péninsule sa souveraineté. Certains sont rentrés en Corée, d’autres sont restés au Japon, en grande partie à cause de la situation dramatique engendrée par la Guerre de Corée. Ces Coréens expatriés, on les appelle les "Zainichi". Même s’ils sont officiellement des citoyens coréens, ils font désormais partie intégrante de la société japonaise, au point de constituer la première minorité ethnique du Japon.

Lee Chun Son est né le 19 décembre 1985, à l’hôpital St Luke de Tôkyô. Son petit frère verra le jour deux ans plus tard. Chun Son a seulement un an et demi qu’il apprivoise déjà le ballon rond sur les grandes étendues vertes du parc Musashino Chûô. Alors qu’il est encore à l’école primaire, le petit gaucher côtoie la compétition dans le petit club de l’ouest de Tôkyô, Komine FC. En 1993, il n’a même pas 8 ans que son cœur balance déjà entre le Japon et la République de Corée. Le Soleil Levant, pays qui l’a vu naître et grandir, face au Matin Calme, pays de son papa Cheol-Tae, terre de ses racines. Mais comme s’il avait déjà fait un choix, Chun Son et son petit frère supportent le Japon devant l’écran de la télévision. Ce soir-là, les joueurs nippons connaîtront le pire de leurs cauchemars. Dos à dos avec la Corée du Sud, ils ne leur manquent qu’une victoire pour se qualifier à la Coupe du Monde en Amérique, la première de leur histoire. Le destin en voudra autrement : l’Irak arrache le match nul à Doha, au Qatar, tandis que la Corée du Sud décroche son billet pour les Etats-Unis en battant sa voisine du Nord 3-0. Pour les Coréens, cet évènement est connu comme le "miracle de Doha". Pour les Japonais, en revanche, on parle d’agonie...

Quatorze ans plus tard, le petit Chun Son a bien grandi. Il est maintenant Lee Tadanari, un des grands espoirs du football japonais. On parle beaucoup de lui dans les médias parce qu’il a été sélectionné ce mois-ci pour représenter le Japon dans les éliminatoires du Tournoi Olympique de Football, Pékin 2008. Formé au FC Tokyo, Lee est attaquant au Kashiwa Reysol. La saison dernière, il a inscrit 8 buts en 31 apparitions en deuxième division nippone. Cette année, le club remonte parmi l’élite, une occasion pour lui de s’envoler. Des encouragements de son papa, qui l’a toujours soutenu, à l’entraînement des juniors du Yokogawa FC aux hurlements hystériques des supporters de Kashiwa qui scandent son nom après chacun de ses buts, il n’y a qu’un pas. Dans son coeur, il n’y a aussi qu’un bond entre la Corée du Sud et le Japon. Elevé dans la tradition coréenne, Ri n’oubliera jamais ses racines : c’est tout simplement « inconcevable ». Il a même porté une fois le maillot frappé du Tigre chez les espoirs sud-coréens en 2004. Mais sur son site internet (chunson.jp), Ri explique qu’il perçoit le Japon comme sa terre natale, sa maison, son furusato. C’est donc le plus naturellement du monde qu’il a épousé la nationalité japonaise.

Dans un récent article, le journaliste nippon Kabe Kiwamu relatait une anecdote pleine de sens. Venu épauler son fils pour les formalités administratives relatives à sa naturalisation, Cheol-Tae avait demandé à Chun Son : « Et tu pourrais chanter Kimigayo (l’hymne national japonais), toi ? ». « Bien sûr », lui répondait son fils, « et toi aboji (papa) ? »
« Moi ? Je pense que ça ne me gênerait pas... », répliquait-il, un sourire amer aux lèvres.


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