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Pim Verbeek : « Si nous n’allons pas en demi-finales, je démissionnerai »

Par Jérémy Salgues | dimanche 17 juin 2007 | 19h11

Troisième et dernière partie de l’interview pré-Coupe d’Asie du sélectionneur national de la Corée du Sud, Pim Verbeek.

Pim Verbeek, 8 des 10 meilleurs buteurs de la K-League sont des joueurs étrangers. Est-ce un problème selon vous ?
Pim Verbeek : Si l’on regarde le nombre de buts marqués par les joueurs coréens, c’est effectivement un problème à l’heure actuelle, mais aussi pour l’avenir. Cho Jae-Jin marque des buts au Japon mais tout le monde sait que marquer n’a jamais été le point fort des attaquants sud-coréens. Nous devons donc nous concentrer sur l’organisation défensive et sur la création d’occasions de buts.

Cho Jae-Jin marque en J-League mais n’a jamais rencontré le même succès en Corée du Sud. Vous avez déjà entraîné au Japon, pensez-vous qu’il y est plus facile de marquer ?
Pim Verbeek : Non, je ne crois pas. Lorsque je vois le nombre d’occasions dans lesquelles Cho Jae-Jin est impliqué, je ne me fais aucun souci pour lui. C’est l’un des meilleurs attaquants asiatiques. Je sais qu’Utrecht cherche à s’attacher ses services et je le comprends. Cho pourrait réussir aux Pays-Bas. Nous n’avons pas de joueurs comme lui là-bas.

Avez-vous parlé de lui aux dirigeants du FC Utrecht ?
Pim Verbeek : Oui, après que le club ait manifesté son intérêt pour lui. Le directeur sportif d’Utrecht a beaucoup de contacts au Japon. Il a été informé des performances de Cho par certaines personnes puis il est venu vers moi pour quelques conseils. Si j’étais entraîneur d’une équipe hollandaise, je n’hésiterais pas une seconde avant de l’engager. Je crois en lui.

Ces derniers temps, les joueurs sud-coréens ont tendance à préférer le championnat anglais…
Pim Verbeek : Je peux le comprendre. Mais je pense que le premier tremplin d’un joueur n’est pas la Premier League, qui est un championnat très physique au gros pressing. Lee Young-Pyo et Park Ji-Sung ont fait un bon parcours en débutant aux Pays-Bas. Là bas, un joueur peut jouer à chaque journée pendant une ou deux saisons avant d’être repéré par un grand club s’il est assez bon. C’est ma philosophie. Je sais bien que les Pays-Bas ou la Belgique n’a rien de glamour mais ça peut être très bénéfique dans la carrière d’un joueur. D’un autre côté, si vous êtes déjà âgé de 27 ou 28 ans comme Lee Dong-Gook, lorsqu’une occasion se présente, vous devez la prendre.

Parlez-nous de Lee Keun-Ho…
Pim Verbeek : Il fait du très bon travail. Il a surtout réalisé des progrès spectaculaires si nous comparons le Lee Keun-Ho d’aujourd’hui à celui des matches contre le Japon en novembre avec l’équipe olympique. A l’époque, il n’était même pas titulaire à Incheon. Depuis, Incheon l’a laissé partir à Daegu où il est énorme et je suis sûr que les dirigeants du club s’en mordent encore les doigts. Je suis très satisfait de lui, sachant qu’il joue véritablement en K-League depuis seulement 6 mois.

Quel objectif vous fixez-vous pour la Coupe d’Asie ?
Pim Verbeek : On est réellement satisfait lorsqu’on gagne, parce que c’est la raison pour laquelle vous participez à une compétition. La Corée du Sud n’a pas remporté la Coupe d’Asie depuis 47 ans donc je ne sais pas s’il est vraiment réaliste de dire que nous allons gagner. Nous y allons néanmoins avec l’intention de la gagner. Nous n’allons pas nous cacher derrière les blessures. Nous avons une bonne sélection de joueurs, ils manquent simplement d’expérience. Je n’ai aucune idée du niveau des autres équipes. Dans notre groupe, l’Arabie Saoudite, Bahrein et l’Indonésie ont tous changé de sélectionneurs depuis que nous les avons vu joué pour la dernière fois cette année. Nous allons essayer de voir tous les matches amicaux de ces équipes pour nous faire au moins une idée. Je ne sais pas à quoi m’attendre contre la Chine, l’Australie ou l’Iran. Nous avons un groupe difficile, mais si nous passons le premier tour, tout devient alors possible.

Si le pire arrivait à la Corée du Sud et qu’elle ne franchissait pas le premier tour, que feriez-vous ?
Pim Verbeek : J’y ai déjà réfléchi et si nous n’allons pas en demi-finales, j’envisagerai de démissionner de mon poste de sélectionneur.

C’est votre première grande compétition en tant que sélectionneur national. Qu’avez-vous appris de Guus Hiddink et Dick Advocaat dans la façon de gérer un tournoi ?
Pim Verbeek : Les préparations furent différentes avec l’un et l’autre. Nous savons tous que Guus Hiddink a eu 5 mois et 15 matches pour préparer son équipe avant la Coupe du monde 2002. Advocaat a eu plus de difficultés. Les joueurs évoluant à l’étranger n’étaient pas titulaires dans leurs clubs. Park Ji-Sung n’était pas prêt, ce qui a eu un gros impact sur la préparation.
Nous n’avons que 2 semaines afin de nous préparer pour la Coupe d’Asie, 4 semaines de moins que pour la Coupe du monde 2006 et cinq mois de moins qu’en 2002. C’est un grand challenge. Le bon côté des choses, c’est que les joueurs savent quoi faire puisque nous jouons toujours selon le même système (formation 4-3-3, NDLR). Ils connaissent exactement leurs rôles sur le terrain. Chacun de nos entraînements sera axé sur le placement, il n’y aura pas de préparation physique. Nous devrons utiliser notre énergie et notre temps pour la stratégie de l’équipe.

Vous avez assisté Guus Hiddink de 2000 à 2002 puis Dick Advocaat entre 2005 et 2006. Est-ce difficile pour vous aujourd’hui lorsque vous regardez derrière et le temps de préparation qu’ils ont eu ?
Pim Verbeek : Non, parce que je savais qu’en 2006, nous aurions moins de temps de préparation qu’en 2002. J’en avais parlé avec Dick (Advocaat) et je lui avais conseillé d’oublier les privilèges de Guus Hiddink. La fédération sud-coréenne nous avait bien notifié que nous n’aurions que 4 semaines de préparation.
Lorsque j’ai signé l’an dernier, on m’avait expliqué que je n’aurais que 2 semaines d’entraînement avant la Coupe d’Asie mais on ne m’avait pas parlé de la Coupe de la Ligue et je suis vraiment contrarié de voir l’effet désastreux qu’elle a eu sur les joueurs. Deux semaines, c’est l’engagement pris par la fédération et la ligue. Je dois établir un programme pour cette période. Mais il me faudra des joueurs frais physiquement dès le départ puisque nous n’aurons pas le temps de faire de la remise en forme.

Hiddink et Advocaat vont ont-ils enseigné des choses à ne pas faire ?
Pim Verbeek : Avec Guus Hiddink, il n’y avait évidemment pas de quoi se plaindre. Les résultats étaient fabuleux. Je pense qu’Advocaat a fait du très bon travail en redonnant confiance aux joueurs. Je pense qu’on prend un petit peu de chaque entraîneur avec qui l’on a travaillé. J’ai assisté Hiddink pendant un an et demi et Advocaat durant deux ans et demi. Ca tient plus dans la préparation. J’ai appris avec eux à ne rien laisser à la chance. Ils s’assurent que les joueurs savent ce qu’ils ont à faire et ne parlent que rarement à la presse.
C’est vrai que je ne suis pas toujours satisfait des performances des joueurs mais je pense qu’il est inutile et irrespectueux d’aller vers la presse et de parler sur les joueurs. A leur place, je n’apprécierais pas. Que nous gagnions ou que nous perdions, nous formons une équipe.

Qui sont vos principaux rivaux à la Coupe d’Asie ?
Pim Verbeek : Je pense tout de suite à l’Arabie Saoudite. C’est plutôt bien que nous les affrontions durant la phase de poules puisque nous nous ne retrouverions pas avant la finale. L’Iran est toujours un adversaire difficile. Je n’ai aucune idée du niveau de la Chine mais je pense que les Chinois ont fait une bonne préparation, comme les Saoudiens, 5 ou 6 semaines. L’Indonésie a aussi débuté sa préparation et je suis content que nous ne jouions contre eux que lors du dernier match de groupe. Il faut aussi se méfier de l’Australie. Je suis vraiment curieux de savoir comment ils vont gérer la compétition. La plupart des joueurs australiens évoluent en Angleterre et la saison anglaise est terminée depuis mi-mai. C’est un défi pour eux puisqu’ils n’auront pas joué depuis presque deux mois. Le Japon a toujours une bonne sélection.

Que pensez-vous des Emirats arabes unis ? Vous avez entraîné cette équipe en 2005…
Pim Verbeek : J’ai observé les Emirats à la Coupe du Golfe et ils ne m’ont pas impressionné. Cette équipe a de bonnes individualités et quelques bons joueurs. Le sélectionneur apporte beaucoup d’attentions à l’organisation. Je pense que la pression a gâché leur parcours dans le tournoi. La qualité des joueurs et l’organisation tactique de l’équipe peuvent en faire un danger. On oublie souvent que les équipes du Moyen-Orient bénéficient de longues préparations. Leur championnat est terminé, ils peuvent organiser autant de matches amicaux qu’ils le souhaitent. Je pense qu’Oman fut la meilleure équipe à la Coupe du Golfe. Ils seront très dangereux à la Coupe d’Asie.

Pensez-vous que les joueurs sud-coréens souffriront du climat à Jakarta ?
Pim Verbeek : Je ne sais pas.

Quoi qu’il en soit, il n’y a que très peu d’endroits plus chauds et plus humides que Séoul en juillet, n’est-ce pas ?
Pim Verbeek : Exactement ! C’est pourquoi je ne me fais pas de souci. Le match contre le Yémen n’a pas été facile. A la fin, les joueurs yéménites avaient tous des crampes, mais mes joueurs n’ont jamais abandonné. C’est le caractère de mes joueurs. Quelque soit le climat ou les conditions, ils iront toujours jusqu’au bout.


Propos recueillis par John Duerden pour Goal.com / traduit par Jérémy Salgues pour Footcoreen.com

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